Le grand pouvoir du Chninkel… La référence BD de l’héroic fantasy religieuse

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Encore une oeuvre qui a une place tout a fait à part dans le monde de la bande dessinée. Pour vous donner quelques repères, imaginez Tolkien revisitant l’Ancien et le Nouveau testament sous les traits de crayon baroques de Rosinski. Il faut lire la version éditée en noir et blanc par Casterman pour bien apprécier toutes les nuances et les détails du travail colossal de dessin du grand Grzegorz (d’autant qu’il imagine à l’époque qu’aucun ajout de couleur ne viendra le modifier). Un soin tout particulier est donc accordé au jeu des ombres et des lumières, tant pour les décors, les personnages ou les atmosphères.

Voilà comment l’histoire commence… Le monde de Daar, aussi loin que remontent les souvenirs des différents peuples qui l’habitent, a toujours été en guerre. Trois Immortels lancent à chaque croisée des deux soleils leurs armées dans une lutte sanglante et impitoyable, pour des raisons si anciennes que nul ne les connaît plus. Même les petits et malingres chninkels, réduits en esclavage, doivent participer à l’immense carnage programmé. Mais à la fin d’une bataille, J’on le chninkel parvient miraculeusement à survivre. C’est alors que lui apparaît une étrange entité monolithique (Allusion évidente au monolithe noir de « 2001, l’odyssée de l’espace » de Kubrick), qui se présente comme le Maître créateur des mondes et confie au jeune chninkel une mission : il doit ramener la paix dans le monde de Daar. Pour cela, l’entité lui accorde le Grand Pouvoir… Mais en quoi ce Grand pouvoir consiste-t-il ? Même si le parallèle avec les évangiles est le plus évident, la rencontre de J’on avec le maitre créateur évoque plutôt Moïse, et le caractère de la divinité, jalouse et rancunière, évoque plus le dieu hébreu que le dieu chrétien. Une certaine connaissance des événements bibliques permettra d’apprécier pleinement le travail de Van Hamme, mais son scénario se suffit à lui seul.

C’est une formidable épopée, inventive et remarquablement construite. Je pourrais vous en dire plus sur cette histoire, mais je ne le ferai pas. Je vous conseille de ne pas lire de résumé exhaustif. Laissez-vous transporter et surprendre par ce récit comme je l’ai été à la première lecture. La singularité de l’expression artistique de la bande dessinée ne peut se résumer en une seule oeuvre. Mais lorsque vous aurez lu le Grand pouvoir du chninkel, vous pourrez vous dire que vous l’avez tout de même touché du doigt.